Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /Oct /2007 09:42
    plage.JPG
    J'ai dû m'endormir; lorsque je me réveille, elle se penche vers moi et dépose un baiser légèrement humide sur mes lèvres. Je soulève l'accoudoir qui nous sépare et je passe mes bras autour de sa taille. J'enfouis mon nez dans son cou que j'embrasse, et je reste ainsi, à respirer son odeur aérienne et sensuelle. Je suis à moitiè plié en deux. Nous en sommes encore au stade où les mots passent par le contact.
...
    Je relève la tête; ses yeux sont fermés, une expression de calme, venue de l'intérieur, transcende les traits réguliers de son visage. Ça n'a pas l'air de l'inquiéter, en fait... Mais après tout, elle préfère peut-être lézarder sur une plage exotique, plutôt que de crapahuter dans les Tatras.
...
        - Et puis on ne peut pas toujours passer ses vacances au bord de la mer, parasols et crème solaire.
        - Oui, ben si j'en mets pas, de la crème solaire, je deviens rouge comme une écrevisse, moi!
      Elle prononce "écrevisseu", et je trouve que c'est le mot le plus charmant de toute la terre entière... Je cherche sa bouche ... Et je trouve que ses lèvres sont les plus charmantes de toute la terre entière. D'ailleurs, je trouve en général qu'elle est la personne la plus charmante de toute la terre entière...
        - On achètera de la crème solaire à la noix de coco... Comme ça, t'auras les deux : des vacances sportives avec un arrière goût de pina-colada.
    Et puis, je lui glisse au creux de l'oreille  un doux mot d'amour... une bêtise...
        - T'es bête toi... Je me demande pourquoi je t'aime autant...
        - Ah... C'est peut-être pour mon argent...
        - Je ne crois pas... D'ailleurs tu n'en as pas...
        - C'est vrai ...
        - Tu vois bien ...
    Elle ne sait pas encore que je n'ai plus besoin de travailler. Je n'ai pas décidé, pas encore...
Par paul a. cuenca - Publié dans : Des nouvelles ... de Tian
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Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /Oct /2007 10:23
    Hulot-copie-2.JPG
    Ça a bien duré une bonne heure. On ne résume pas une vingtaine d’années en dix minutes. Elle a posé quelques questions, mais dans l’ensemble, c’est plutôt moi qui parlais. A la fin, nous avons échangé deux ou trois idées, rien de fracassant. Puis elle m’a dit qu’elle se sentait fatiguée, qu’elle avait besoin de réfléchir. Elle a pris son aspirine et elle est partie dans l’autre chambre dont j’avais préparé le lit : ma chambre… Je l’avais rassurée, il y en avait une troisième, et non, ça ne me dérangeait pas d’y dormir. Vraiment. Le lit ? Quoi, le lit ? J’allais faire le lit, pas de problème… Oui, bonne nuit à vous aussi…

    Je m’étais donc retrouvé seul à la table de cuisine, face à ma bouteille de Meursault, vaguement soulagé, sans raison de l’être vraiment… Mais bon, mes fusibles avaient sauté, voilà. J’ai ramassé mon verre, la bouteille, et je suis passée dans la grande pièce pour me l’envoyer tranquillement.
    Quand ce fut fait, c’est à dire une grosse demi-heure plus tard, je me suis décidé à aller prendre ma douche avant de me coucher. Je n’avais pas de parfums Exotiques, mais j’espérais que l’eau nettoierait les couches superficielles… Je me suis déshabillé dans la salle de bains, suis monté dans la baignoire et j’ai fait couler la douche. Le plus chaud possible. J’ai appuyé le front contre le mur. Je suis resté longtemps dans cette position. Parfois l’idée qu’elle dormait dans mon lit, dans ma chambre, me troublait.
    J’ai commencé à me savonner et soudain deux mains se sont posées à l’endroit que l’on ne peut plus appeler la taille, mais pas encore les hanches…
    Je me suis retourné et elle était devant moi, toujours pieds nus et en chemise.         J’ai pris ses mains aux longs doigts. Je me suis dit que ce devaient être des doigts d’amoureuse…
    - Amina, je … je ne crois pas que ce soit une bonne idée …
Par paul a. cuenca - Publié dans : Des nouvelles ... de Tian - Communauté : papierlibre
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Lundi 1 octobre 2007 1 01 /10 /Oct /2007 06:47
On sonne à la porte ... On entend "Police" ... on ouvre la fenêtre, on suit son papa qui fuit, on glisse, on tombe, on reste dans le comas ... On est un petit tchétchéne, ukrainien, ivoirien, marocain, malien ... être humain !
On sonne à la porte ... On ne comprend pas ... Des coups, des coups de plus en plus forts, on ouvre, "Police" ... on fait tomber sa haise, on bouscule la table, on ouvre la fenêtre, on glisse, on tombe, on est dans le comas ... on meurt... On est chinoise, algerienne, malienne, rom... être humain.
La cloche sonne, dans la cour de l'école on se dirige en riant vers la cantine... C'est l'heure du repas, l'heure tant attendu quand on a faim ... Les chaises se bousculent, on va manger, on ... non pas toi, ni toi, ni toi ... vous êtes des enfants de sans papiers, vous êtes des hors-la-loi, vous n'êtes pas dignes de manger avec les autres petits qui eux ont des papiers ... allez ouste, pas de repas, vous êtes des enfants ... mais des enfants a qui un maire refuse ce simple geste de solidarité humaine, parce que ... parce que nous vivons dans un pays où les "sans" ne doivent plus vivre...
Allez ouste les "sans" !!!
Vous les "sans" travail, logement, papiers, soins, ... vous n'avez plus le droit à notre considération, vous êtes des étrangers, vous n'êtes même plus des êtres humains, vous êtes moins que des bêtes, allez ouste ... dégagez...
Nous étions autrefois le pays de la Révolution Française, de la déclaration des droits de l'homme, de la liberté, de la fraternité, de l'égalité ...
Oui mais c'était autrefois ... Il y a bien longtemps ...
Maintenant nous voilà devenu un pays moderne, un pays libéral...
Pourtant j'ai l'impression d'être revenu un peu en arrière, vous savez à cette époque, oh, pas si lointaine que ça, où des êtres humains, qui vivaient en France, qui étaient français ou pas, devaient porter un signe distinctif sur la poitrine parce qu'ils n'étaient pas très catholiques ... parce qu'ils avaient "le tort" d'être juifs... et pour d'autres encore parce qu'ils avaient "le tort" d'être communistes, républicains espagnols, homosexuels, roms ... où que sais-je encore ... Eux aussi, souvent n'avaient pas de papiers, eux aussi tremblaient quand ils entendaient des coups à la porte, quand ils entendaient les pas das la cage d'escalier, eux aussi de temps en temps bousculaient des chaises, faisaient tomber la table de la cuisine, ouvraient la fenêtre, glissaient sur la goutière et mouraient sur le pavé ...
J'ai passé mon enfance à entendre dans ma famille des histoires d'êtres humains livrés à la gestapo, aux collaborateurs parce qu'ils avaioent le tort d'être juifs, communistes ...
J'ai cru que ces temps étaient révolus ...
Hélas je crois que je me suis trompé ...
Dans ces moments-là, je pense à ce grand père maternel, répubicain espagnol, fusillé par les franquistes, à ce grand père paternel entré dans la résistance pour ne pas porter un signe distinctif, à ce père risquant sa vie pour aider l'autre, l'étranger ...
Parce que dans notre famille, l'étranger n'a jamais été un étranger, il a toujours été considéré comme un être humain ...
Alors, reprenant ce superbe slogan de Mai 68 qui proclamait "nous sommes tous des juifs allemands", je pense qu'il serait temps que nous descendions dans la rue pour affirmer que "nous sommes tous des étrangers, que nous sommes tous des sans papiers..."
Par paul a. cuenca - Publié dans : coup de gueule - Communauté : COUPS DE GUEULE
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