Mardi 18 décembre 2007
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Il fait froid. Très froid même. - 5° ce matin. Mais bon tout est relatif. Se répéter inlassablement, d'avoir la chance de posséder un toit, un chauffage, des vêtements chauds. La radio parle de précarité, de sans-logis. On prend son bol de café fumant, on écoute d'une oreille distraite. La vie est dehors. Difficile. Terrible. Angoissante. Et nous, avec nos petits problèmes du quotidien on se donne l'impression d'avoir de vrais problèmes. Puis, là, au détour d'un reportage, une femme, un homme, on augmente le volume de la radio. On pose la tasse de café sur la table. Les mots sont simples. Des mots de tous les jours. L'homme, la femme, parlent avec un débit saccadé. Ils ne trouvent plus les mots. Les phrases sont entrecoupées de ronflement. Ils ont froid. Ils ne savent pas où ce soir ils dormiront. Ils parlent de galère. Mais sans aucune animosité. C'est le mot qui leur vient le plus naturellement à la bouche. Ils sont dehors depuis. Oh, ils ne savent même plus. Qu'importe les dates. Ils sont dehors. Il fait froid. Le journaliste passe à un autre reportage. C'est bientôt Noël. Alors on parle de cadeaux, de réveillons goûteux, d'achats compulsifs. Puis juste après, c'est le moment de l'idylle du jour. L'amour entre un top-mannequin et un président de la République. L'homme, la femme, de tout à l'heure sont bien loin. Pourtant des images refont surface. Celle, insupportable, de ces enfants de Don Quichotte jetés dans l'eau glaciale de la Seine par les forces de l'ordre. Et celle, au même moment, d'un président de la République et d'une chanteuse mannequin, se laissant shooter par une dizaine de photographes, venus là, par le plus grand des hasards, dans un parc d'attraction. Deux images symboles de deux France. La France qui soufre, qui gît dans la précarité et celle qui ne pense qu'à profiter de sa gloire, de sa richesse et qui se met en scène comme un vulgaire rouleau de papier cul. Et nous, au milieu, nous tentons, de temps en temps, de relever la tête. Juste un peu plus, manière de ne pas sombrer définitivement dans cette folie destructrice.
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par paul a. cuenca publié dans : coup de gueule
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