La Guérison

Publié le par Copyright paul a. cuenca

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Nous sommes sur une falaise, les oiseaux de mer nous encerclent. La grève est déserte, loin en dessous de nous. Il fait beau et froid, c’est la Toussaint. Sur la lande presque jaune, passent des adolescents en rang par deux, ils regardent par terre, ils ont des nuques rasées. C’est un pénitencier qui passe, dit l’amie de Mathilde, qui nous a invités. Nous a-t-elle invités tous les deux, ou me suis-je imposé ? Il y a donc des pénitenciers d’enfants, est-ce qu’ils s’évadent ? Il me semble qu’on les pousse avec des bâtons. Il me semble qu’il y a un nuage de désespoir au-dessus d’eux. Il me semble que je les connais.

Les cormorans et les mouettes hurlent quand nous approchons. Ils sont des milliers, rassemblés pour des cérémonies secrètes, Mathilde et son amie ramassent des bruyères et escaladent les rochers qui descendent vers la crique, poussent des cris de bonheur à cause d’une algue. Je me sens si faible, je ne sais plus comment on admire un galet, un bout de verre poli par la mer, comment on fait pour espérer trouver une améthyste. Il y en avait, autrefois, ailleurs, sur les falaises du cap de Chemoulin, des améthystes pâles, et parfois des pointes, au violet intense, dont j’escomptai une fortune rapide. Il y avait la grotte verte, qui ne se découvrait que par la grande marée basse. Je crains le vent qui me taillade, et cette maison aux habitudes inconnues, où je me sens sous surveillance, j’ai peur qu’on ne s’aperçoive de mes comportements bizarres, qu’on ne me pose des questions, qu’on ne m’entende vomir.
Et puis il y a un autre jour. Toujours bleu et pourpre. Je suis sur la falaise, seul. Et le pénitencier passe comme tous les jours. La mère de notre amie s’assoit à côté de moi, sur un morceau de rocher.
Elle me demande si ça me va, des côtelettes pour dîner. Je dis que je n’aime pas ça, la viande. Je pense aux animaux quand j’en mange. Ici, on ne peut pas les louper, les moutons prisonniers dans cette île, qui mangent l’herbe, et seront mangés. Je trouve cette phrase très belle, la marque dans mon petit carnet noir, le témoignage sobre de mon sens du tragique, de mon extrême sensibilité. Elle dit juste qu’il y a aussi des tomates.
Le froid spécial des tomates.
Elle dit que quand elle était plus jeune, elle était anorexique et qu’elle a guéri.
Je ne pose pas de questions. Je ne connais pas ce mot, mais je le suis reconnaissant de l’avoir prononcé. Encore aujourd’hui, j’éprouve pour cette scène de la falaise une reconnaissance spéciale. C’est l’un des moments les plus précieux de ma vie.
Quand nous rentrons, la maison est sombre, la nuit est presque tombée. Je crois que je l’aide à préparer les côtelettes. Ça ne lui fat rien su je n’en prends pas.
Ensuite, quelques jours plus tard, nous rentrons à Paris. C’est comme une petite parenthèse que j’oublie. Je replonge, brutalement dans le sillon des mauvaises habitudes qui se creuse chaque jour davantage.
Je l’oublie complètement. Je ne l’oublie pas du tout, presque dix ans plus tard, je me souviendrai de cette phrase : « J’ai guéri. » J’en ferai ma bouée de sauvetage.
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M
Et pour le pénitencier, tu avais raison... il y a quelque chose d'indecent à manger des cotelettes devant le spectacle de ces jeunes prisonniers. Eux l'étaient anorexiques par obligations, ou par dévouement... Aujourd'hui on reparle de repression à tout va, comme seule reponse aux problemes de cette sociétée, donc tous et ressurgit le spectre des prisons pour enfants. Les pénitenciers ne sont pas loin derrière nous. 1950... La psychiatrie elle non plus n'a pas bénéfiecier des lumières apportées par ceux et celles qui se sont sacrifié pour faire de la France un pays libre on l'on respecte les droits de l'homme. Et ce n'est pas de leur fait. Ils n'ont oublie personne, en rien ! Peut etre la France les a t elle oublie eux ?!
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M
L'anorexie ou plutot la psychiatrie c'est comme les prisons pour adolescents, pour ceux qui y tombent adolescents. Aujourdh'ui il y avait une emission sur ARTE sur l'enfant bulle. Un enfant sans solutions, jusqu'a ce qu'un nouveau medecin decide d'ouvrir la bulle. De tenter n'importe quoi, d'ouvrir la bulle quelques soient les consequences. C'est exitant, c'est un tabou. Et puis, c'est tellement plus apaisant pour l'esprit de ne plus voir cet enfant dans sa prison. Il n'y plus a penser, à se battre... plus de souffrance, plus de questions...  et pour lui ? La mort. Hitler faisait deja le meme raisonnement dans sa propagande à propos des invalides. "Guerir" de l'anorexie ? Quelle chance ! Je n'en connais pas moi de telle "guerison".
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S
Hier, je n'avais pas pu laisser de commentaire à ce texte émouvant.Juste un petit passage aujourd'hui!Bise
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D
ç'est encore un très beau texte..dis,si tu connais le mail de christine..merci..hé,tu te fais beau pour demain,hein...tu sera rentré du boulot quand tu me liras...et moi,j'y serai..ah,la vie...
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N
elle donne le vertige cette scene de la falaise !!un peu de mal à rester dans le contexte :-)je te souhiate une bonne soiréebisenath
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