Coup de foudre

Il entra dans le buffet de la gare, choisit une table au milieu de la salle et commanda un café. Elle était assise juste en face. Le coup de foudre. Il crut rester pétrifié pour l'éternité, une main posée sur un paquet de cigarillos, l'autre fouillant la poche droite de son pardessus à la recherche d'un briquet. Il n'attendait plus rien depuis la mort de sa compagne. Il ne pensait qu'à l'argent, à son boulot, à son fils quand il avait le temps. Une fille de vingt-cinq ans venait d'entrer dans son coeur par ses yeux blasés. Il sortit le briquet de sa poche et, tandis que le serveur posait une tasse de café devant lui, il alluma un cigare très fin sans quitter la jeune femme des yeux. Elle prenait des notes sur un carnet, rongeant de temps en temps l'extrémité d'un stylo bille d'un air soucieux. Elle était belle, fragile au milieu de cette salle, dans le bruit, la fumée et tous ces gens pressés. Elle releva les yeux. Leurs regards se croisèrent. Elle lui sourit. Ce fut le printemps dans le buffet de la gare Matabiau à Toulouse.
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