ADIEU FRANÇOISE

Publié le par Paul A. Cuenca

Elle est partie comme elle a vécue. Dans l'anonymat le plus respectable. Françoise Claustre était une grande dame. Elle est décédée dimanche à l'âge de 69 ans, à son domicile de Montauriol dans les Pyrénées-Oreientales.
Sa vie fut consacrée à l'archéologie et l'ethnologie. Elle était chercheuse au CNRS de Toulouse, spécialiste de préhistoire et de protohistoire africaine.  Mais Françoise Claustre croisa, dans les années 70, l'Histoire. Plus exactement, le 21 avril 1974, quand elle fut enlevée au Tchad, par des rebelles dirigés par Hissène Habré et Goukouni Weddeye. Commença alors pour Françoise un long calvaire. Trente trois mois de captivité. Une des plus longues prises d'otage politiques du XX° siècle. Les négociations furent difficiles, douloureuses, extravagantes par moment. Georges Pompidou venait de mourir et la France était en pleine campagne électorale... Il fallut attendre plus d'un mois pour que le gouvernement français envoie un négociateur au nom prédestiné, Robert Puissant. Mais de puissant, il n'avait que son nom... Il fut par la suite remplacé par le commandant Pierre Galopin, au passé bizarre. Ce dernier fut condamné par un "tribunal révolutionnaire" ( très à la mode à l'époque) et exécuté en avril 1975...
Durant toute cette captivité, le mari de Françoise, Pierre Claustre, se démèna pour obtenir sa libération. Il sera lui-même pris en otage par les rebelles toubous... Après une suite de rebondissements rocambolesques, les époux Claustre furent libérés à Tripoli le 30 janvier 1977. Cette libération faisait suite à la visite en Lybie du premier ministre français, un certain ... Jacques Chirac. Une rencontre avec le colonel Kadhafi bien opportune, en quelque sorte.
Dans les années 70, la peopolisation n'était pas de mise. Françoise Claustre s'adressa à la presse dans la capitale libyenne. Un message bref. Elle n'en fit pas une affaire personnelle. Elle n'avait qu'une envie : retourner à son travail de recherche. Oublier cet épisode de sa vie. Se fondre dans l'anonymat. Ce qu'elle fera sans aucune faille.
Françoise Claustre aura été fidèle à elle-même durant toute sa vie. Elle avait souhaité retourner dans l'anonymat pour retrouver son équilibre. Elle avait décidé de ne pas s'exprimer sur ces longues années d'otage, de ne pas se raconter, de ne pas se mettre en avant...
Et Françoise Claustre ne dérogea pas à la règle qu'elle s'était fixée.
Oui, vraiment c'était une autre époque... Presque de la préhistoire eu égard à notre temps actuel où la moindre petite connasse passant à la télé se prend pour la plus grande star de tout les temps où le petit mec sans cervelle, pète dans une piscine et fait la Une des magazines people...
Oui, une autre époque. Et parfois, il me vient à regretter ce temps où les êtres humains pouvaient se regarder chaque matin dans une glace sans avoir honte de leur existence. Où l'argent n'était pas l'unique moteur de leur rêve...
Adieu Françoise. Je ne vous connaissais pas. Mais j'ai vécu votre longue captivité comme des millions de français. A votre libération, nous avons été heureux de voir votre visage si gracieux illuminer nos postes de télévision. Nous gardons en nous cette photo où l'on vous voyait avec vos longs cheveux préparer à manger sous une tente. Vous étiez là, vivante, naturelle et pourtant en captivité. A votre libération, vous n'aviez qu'une envie. Retourner à votre travail, oublier, et vivre... Vous êtes une leçon pour l'histoire. Que les futurs prisonniers des temps incertains méditent votre courage, votre abnégation et votre anonymat. Ils ne s'en porteront que mieux...



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Publié dans coup de coeur

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