VOUS AVEZ DIT INSECURITE ?

Publié le par paul a cuenca



Une petite ville de province dans le Nord. Il est deux heures en ce dimanche matin. Une patrouille de police circule dans les rues désertes. La routine en ce mois de septembre. Soudain, l'équipe de nuit n'en revient pas. Devant eux, à quelques centaines de mètres, une voiture zigzague. Soudain, une autre surgit dans le même état. Le policier, au volant de sa voiture de service, met un coup de gomme pour se rapprocher au plus vite de ces deux lascars qui prennent les rues de la ville pour une piste de rodéo. Et là, devant eux, les policiers n'en croient pas leurs yeux. Les formes des voitures sont de plus en plus visibles. Ils découvrent éberlués, deux véhicules aux couleurs de l'armée française. Deux Jeep...
La voiture de police s'arrête à proximité des véhicules de l'armée. Les policiers descendent et tentent de faire preuve de diplomatie et de fermeté face à six militaires en uniforme. Le ton monte très vite entre les deux camps.
Je vous laisse imaginer la scène qui au cinéma pourrait être cocasse, mais dans la réalité démontre une certaine irréalité.
Les militaires appartiennent au 1er régiment des chasseurs parachutistes de Pamiers dans l?Ariège et effectuent un stage à quelques kilomètres de cette ville de l'Aisne.
Les policiers parviennent à maîtriser l'un des deux conducteurs. Le contrôle d'alcoolémie est positif. Ils le conduisent au commissariat de Laon pour le placer en garde-à-vue.
A partir de ce moment, tout va s'envenimer. Les cinq militaires vont revêtir leurs habits de Rambo. Ils suivent les policiers jusqu'au commissariat et tentent de pénétrer à l'intérieur par la force. Le lourd rideau de fer tombe. Mais un para, se croyant certainement en entraînement, joue de son agilité et se retrouve dans les locaux. Une bousculade énergique s'ensuit. Un policier est blessé à  la main. Deuxième garde-vue pour un para. Puis, quelques minutes après, c'est l'ensemble des occupants des deux Jeep qui se retrouvent sous les verrous.
Pour la petite histoire, les militaires revenaient d'un dîner en ville, particulièrement arrosé. Ne goûtant pas aux transports publics, ils avaient emprunté au régiment, sans aucune autorisation, les deux véhicules de l'armée.
Mais cette histoire n'a pas fait la Une des médias. Aujourd'hui en a parlé en page 12 de son édition du 18 septembre, Libération, y consacre quelques lignes anodines.
Imaginons, qu'à la place des six militaires, dont trois sous-officiers, la même scène se soit déroulée, avec comme acteurs, des jeunes d'une cité difficile.
Que cette petite bande de délinquant ait forcé la grille du commissariat pour pénétrer à l'intérieur, provoquant ce que nous dit Aujourd'hui « une tension forte : insultes, gestes parfois violents».
D'un simple fait divers, bon enfant, l'affaire aurait pris une autre tournure. On aurait parlé d'insécurité, de ces bandes organisées, à la limite du paramilitaire, qui venaient provoquer les forces de l'ordre à l'intérieur même d'un symbole de la République.
La télévision n'aurait pas été en reste ! Une occasion en or, à quelques semaines de la célébration du premier anniversaire des émeutes dans les banlieues françaises.
Mais là, juste un fait-divers. Des bidasses allumés qui s'en prennent à des policiers par fraternité avec leurs collègues emprisonnés. Des bidasses biturés qui empruntent les véhicules de l'armée pour faire une petite virée virile en ville.
Épilogue :
Trois des parachutistes furent relâchés sans poursuite, à la fin de leur garde-vue. Les trois autres ont été condamnés suivant la procédure du « plaider-coupable ». Le conducteur ivre à 600€ d'amende et six mois de suspension du permis de conduire. Un de ses collègues d'arme à 500€ et à deux mois de prison avec sursis pour « outrage et rébellion ». Le troisième est condamné à soixante jours d'amende d'un montant de 12€ pour « outrage et menace de mort envers la police».
Bien entendu, nous supposons que les mêmes peines auraient été appliquées, si à la place des militaires professionnels, les délinquants étaient originaires d'une banlieue quelconque.
Tenez, au hasard, ce département si souvent médiatisé, le fameux 9.3...
Publicité

Publié dans actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article