LA TARTE A LA CRÊME
Mais, où va-t-elle s’arrêter la candidate à la candidature du parti socialiste ? Dimanche, Ségolène Royal a proposé, dans le cadre de sa fameuse tarte à la crème, « démocratie participative » de faire évaluer l’ensemble des politiques par des jurys de citoyens…Des jurys de citoyens qui seraient tirés au sort et assureraient une surveillance sur la façon dont les élus remplissent leur mandat !
A l’occasion de la 15° Cité de la réussite qui se tenait ce week-end à la Sorbonne, la présidente de la région Poitou-Charentes a précisé que ces jurys fonctionneraient « à partir d’un certain nombre d’indicateurs que l’on pourrait démocratiquement mettre en place… »
Autre proposition de la candidate à l’investiture du parti socialiste, la mise en place de référendums d’initiative populaire et des budgets participatifs afin «d’associer les citoyens aux décisions qui les concernent. »
Ségolène Royal souhaite ainsi appliquer son expérience régionale à l’ensemble du territoire national.
Cette annonce n’a guère enthousiasmé les deux autres candidats à la candidature. Dominique Straus-Kahn, sur Europe 1, s’est déclaré opposé à ce type d’initiative : « Généralisons les comptes-rendus de mandats mais pas de jurys populaires. Le suffrage universel, c’est les règles et dans l’intervalle, entre deux élections, des s aussi fréquentes que possibles. »
Pour Laurent Fabius, cette initiative ne peut avoir qu’une « dimension locale ». Puis il a lancé une petite pique dont il est coutumier « ce n’est pas seulement à partir de la région que l’on renforcera le pouvoir d’achat des salariés ou que l’on combattra le réchauffement de la planète ».
Il semble, de toute évidence, aberrant que l’on puisse imaginer un seul instant que des jurys populaires se constituent pour juger les hommes politiques… C’est tout à fait contradictoire avec une République où le suffrage universel est la règle et où chaque citoyen peut à travers son bulletin de vote sanctionner la classe politique.
Cette proposition est à la limite de la démagogie, voire du « populisme ». Car, je ne sais pas si Mme Royale fréquente avec assiduité les cafés, au petit matin, avant que le peuple de France se rende au travail. Avant d’imaginer des « jurys populaires », je lui conseille d’y effectuer quelques déplacements incognitos… Sur place, elle entendra des propos, des réflexions, des invectives qui devraient lui ôter, très rapidement, l’envie de confier à des jurys populaires la sanction de la vie politique de l’hexagone. Si François Mitterrand et Robert Badinter, en 1981, avaient écouté la vox populi, jamais la peine de mort eut été abolie…
Il serait temps que les candidats à la candidature, à gauche, reviennent sur terre et s’occupent de la vraie réalité. Ils donnent l’impression d’être sur des petits nuages, bien loin des préoccupations majeures des Français… A continuer de botter en touche, ils risquent, dans quelques mois, de trouver la pilule amère… Le choc d’avril 2002 et du référendum à la constitution ne semblent pas les avoir fait redescendre de leur petite planète confortable. Cette fois-ci, ils risquent de ne plus pouvoir se relever…
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