MA RENCONTRE AVEC PHILIPPE NOIRET
Philippe Noiret s'est éteint hier soir. Philippe Noiret, un des derniers grands du cinéma français, une star immense qui avait su rester populaire et à l'écart de cette peopolisation qui salit tout sur son passage. Philippe Noiret, l'acteur aux 125 films, faisait partie du patrimoine du cinéma français. Il avait tourné avec les plus grands réalisateurs, il avait joué avec les plus prestigieuses comédiennes... Philippe Noiret faisait partie de notre histoire, Philippe Noiret faisait partie de notre quotidien. Depuis ce matin, nous devons apprendre à parler de lui au passé. Terrible ! J'ai eu la chance de le rencontrer, il y a une quinzaine d'années, en compagnie d'un autre grand du cinéma, Yves Robert. J'ai passé une journée inoubliable et mémorable avec ces deux personnages uniques. Cette rencontre s'est déroulée dans le moulin que possédait Yves Robert, entre Rambouillet et Chartres, au bord d'une petite rivière, la Gueville... La, face à ces deux monstres du cinéma, je n'étais que l'ombre de moi même. Mais très vite, ils ont su me rendre mon assurance, me mettre à l'aise... Des années auparavant, ils avaient été complices avec "Alexandre le bienheureux"... Les retrouvailles, dans ce cadre champêtre et envoûtant, était pour moi l'occasion d'une interview que j'avais savamment préparée... Mais c'était sans compter sur la sagacité des deux compères... Au bout d'une journée en leur compagnie, j'aurais pu écrire un livre sur les anecdotes de leur vie, sur les bons mots de Philippe Noiret, sur les "vacheries" d'Yves Robert sur le milieu du cinéma... Mais pour l'interview des deux comparses : NADA ! Je repartais la queue entre les pattes... Je n'avais aucune idée de l'angle de mon papier... Dans ma tête, c'était un énorme bordel. Par contre, je connaissais tout sur les secrets de l'omelette aux cèpes, et sur le vin idéal pour ne pas casser la mise en bouche de ce plat concocté avec amour et tendresse par Yves et Philippe.
En les quittant, je savais que je venais de vivre un grand moment de mon existence. J'avais partagé, durant quelques précieuses heures, leur intimité et un tout petit peu leur amitié...
Leur interview n'a jamais été publié dans mon journal, et pour cause... J'avais juste écris un papier d'ambiance...
Cinq ou six ans après, j'ai retrouvé, par le plus grand des hasards, Philippe Noiret sur le marché de Carcassonne. Nous étions côte à côte, entrain d'acheter une volaille. Je me suis permis de lui rappeler notre rencontre chez Yves Robert. Il s'est excusé de ne pas avoir le temps de partager un café avec moi, il était pressé, il avait des invités... Il me parlait comme si nous nous connaissions depuis toujours. J'étais sous le charme de cet homme qui pour faire son marché portait un costume en velours avec un noeud papillon et une pochette assortie. Un gentleman-farmer qui ne se prenait pas trop au sérieux et qui avait un appétit de bonheur rare...

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