LE CUL EN UNE

Le crime ne paie plus.
Mais le cul, oui !
Le cul, coco, c’est bon pour le compte bancaire. Une fois par an, depuis sept ans, les médias nous bassinent avec un calendrier de mecs à poils. Pas n’importe quels culs ! Pas n’importe quels mecs ! Et pas n’importe quel calendrier, puisqu’il s’en vend 200.000 exemplaires. À raison de 28 € l’exemplaire, je vous laisse rêver !
Alors, en passant devant son kiosque à journaux, au comptoir de son bistroquet, on jette un regard furtif vers la Une d’un quotidien populaire. Et là, on se rince l’œil. Putain, ils sont chauds les mecs. Quatre mecs à poils, des fesses superbes, un ballon, face à un stade vide de spectateurs… Peut-être l’annonce de la gay-pride du week-end ? Et sur la même page, à gauche, pour illustrer un titre équivoque « Le stade français se met à nu » deux mecs aux pectoraux saillants nous vendent la cuvée 2007 de l’objet du désir, que les chauffeurs routiers n’accrocheront pas forcément dans leur home sweet home à quinze essieux…
Christophe, le patron de mon bistrot matinal, me serre la pince. J’ai entre les doigts le mal abyssal :
- Tu vas bien, ma poule !
- Ouais, comme un mardi…
- T’as vu les mecs, là… Putain ces culs… J’y mettrai bien…
- Bon, vieux, tu me sers mon noir…
Hé là, mon Cricri matinal, glousse…
- Tu ne trouves pas ça marrant, pas un cul de noir. Hein pas un ! Pourtant chez les sportifs, les noirs y’a que ça, non ?
Et le voilà derrière son comptoir me préparant mon moka !
Je feuillette nonchalamment le canard populaire… Les informations, ce matin, je m’en tape le coquillard. Les pages défilent, une à une… Ouf ! La page 20 est sous mes doigts.
Un titre magistral :
REVOILA LES DIEUX DU STADE
Une page entière.
Quatre photos.
Si c’était des femmes, on crierait au porno !
Mais là, les mecs qui posent se nomment Ignacio Corletto, le gladiateur, Geoffroy Messina, Sergio Parisse et Julien Arias. Que des vrais hommes. Des purs.
Slip à mi-cuisse, cul prêt à être enfourné, main au bord de la branlette… La totale !
Mais ce sont des sportifs. Donc tout est permis…`
Cricri pose devant le journal mon p’tit noir. Et me lance, amusé :
- Alors, toi aussi ?
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