BIZNESS ( Nouvelle)

Publié le par paul.a.cuenca



    Aujourd’hui c’est jour de repos. Je dors. Toute la journée. Au moins jusqu’à trois heures de l’après-midi. Avant, je me levais à onze heures, j’avalais un déjeuner rapide et je partais faire du sport. Du karaté, du full-contact, ce genre de trucs, mais ça m’a un peu passé. Ça faisait bien, pour entrer dans la boîte de gardiennage, de dire qu’on pratiquait des sports de combat, mais à la longue, j’ai lâché du lest.  Faudrait pourtant pas croire que je m’en fous, du boulot. Au contraire. J’en ai discuté avec les autres, et c’est pour tous pareil. Comme job, c’est nickel. On a des responsabilités, on protège plusieurs centaines de personnes contre tout ce que la société peut secréter de nuisible et de dangereux, on prend des risques. On est comme des soldats. On fait le guet, on surveille, on agit, et les gens savent qu’on est là pour les défendre.
    Et puis on  jouit d’un statut particulier. On est à un endroit stratégique, on a les coudées franches, sans parler des à-côtés, du bizness entre nous. Mais après tout, qu’est-ce que ça a de mal ? N’importe qui à notre place ferait pareil, alors pourquoi pas se sucrer tant qu’on le peut ? Surtout que le chef, Volvic, marche dans nos combines.
    Milos Volvic vient de l’Est. Polonais, je crois, ou quelque chose comme ça, et c’est un sacré magouilleur. Faut croire que le communisme, ça produit de drôles d’effets. On peut pas dire que les scrupules l’étouffent, et il est prêt à tout. Il est grand et costaud et il y a des histoires salées qui circulent sur son compte.
    Moi, il n’y a qu’un truc qui me travaille, le concernant. Savoir si nous, les hommes de main, on se fait entuber par Pothin et lui. C’est toujours Pothin qui traite avec les fourgues, et on ne sait jamais vraiment sur quelles sommes elles portent, les transactions. Ce qui fait qu’à l’arrivée, il se pourrait que les parts, ils les fassent inégales, et qu’on touche moins que ce à quoi l’on a droit. Ça me déplairait franchement, comme embrouille, et quand j’y pense, je sens que je pourrai la leur faire regretter, mais pour l’instant je n’ai aucune preuve, je m’écrase.
    J’ai déjà essayé d’amener la question sur te tapis avec Pothin, mais ça na servi à rien. Il a écarté les allusions, ou fait semblant de ne pas les comprendre, et je n’ai pas insisté. Je ne sais pas trop quoi en penser.
    Volvic, en tout cas, il engrange le fric. Il a son pourcentage sur nos visites nocturnes, un quart, et il touche des bakchichs aussi souvent qu’il en a l’occasion.
    Il a une prime au logement sur chaque locataire qui emménage, par exemple. Quand les pigeons se pointent pour visiter une piaule, lorsqu’ils sont bien appâtés, qu’ils ont les yeux brûlants de convoitise d’avoir enfin trouvé quelque chose à leur goût et qu’ils demandent à Volvic si c’est encore libre, il leur répond d’une voix égale qu’il y a beaucoup de monde sur le coup, mais qu’ils pourraient se retrouver en première position s’ils savent ce qu’ils ont à faire. Les gens pigent tout de suite de quoi il est question, faut croire qu’ils ont l’habitude, et c’est comme ça qu’il reçoit des enveloppes remplies de beaux gros billets à dominante jaune. Pas de partage et pas d’impôts. Idem pour les entreprises d’entretien. Pour être embauché, il faut casquer. C’est pas plus compliqué que ça. Faut dire qu’ici, c’est une véritable mine d’or.
    Une petite ville, entre quatre murs.
    Avec la peinture, le nettoyage des vitres extérieures, des façades, la réparation des ascenseurs qui sont toujours en panne, il y a e la place pour beaucoup de monde, et les occasions de ramasser un peu d’oseille ne manquent pas. Quand on remarque qu’une entreprise a changé, on sait pourquoi. Avec ça, Volvic, il emmène sa bonne femme et ses gamins à la messe tous les dimanches, et on dirait que le Bon Dieu les a à la bonne. C’est peut-être pour ça qu’il donne des leçons de morale à tout le monde.
    Je n’ai jamais parlé de mes doutes sur les partages à aucun membre de l’équipe des vigiles. Ils ne comprendraient pas. Ils se contentent de ce qu’ils ont, et ils sont heureux avec. Ils partent du principe que c’est mieux que rien du tout, et c’est vrai que même si Pothin et Volvic nous refont dans les grandes largeurs, ça reste intéressant. D’ailleurs, ceux qui atterrissent ici se débrouillent pour ne lus bouger. Je suis là depuis quatre ans, et je n’ai pas de quoi me plaindre.
    J’ouvre une cannette de bière et je me dis que demain soir, quand je retournerai à la baraque, j’aurai droit au Saint-Émilion de notre dernier coup. Normalement il devrait encore en rester.
    J’allume la télé. Je vais me chercher des bières, je m’installe sur le canapé, la télécommande à la main, et je finis par m’endormir.
    Lorsque je me réveille, une neige épaisse a envahi l’écran. Il est trois heures du matin. J’éteins le poste.
    C’est un des problèmes de ce boulot : retrouver un rythme normal.
    Mais quand on vit seul, comme moi, ce n’est pas très grave.
    Je sors prendre l’air. La nuit est chaude, et je transpire rien qu’à rester immobile. Dans la rue, tout est éteint, tout est désert. Il n’y a personne d’autre, pas un bruit. La banlieue, en semaine.
   
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Publié dans littérature

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D
bon,dis,mon connard de breton..j'espère que tu vas bien...ton ami
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A
+5 du jour bisous
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D
ç'est magnifique,paul..bisous,mes mousquetaires...
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S
J'adore!L'ambiance est magnifiquement rendue : on s'y croiraiBises au mousquetaire ;=)))
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