VOTE SARKOZY : UNE FRACTURE GENERATIONNELLE

Les jeunes n'acceptent pas la victoire de Sarkozy. On les comprend. Ils descendent dans la rue et veulent en découdre avec un système qu'ils récusent. Les voitures brûlent, les vitrines volent en éclats, les gardes à vue se multiplient. A Paris, Rennes, Toulouse, Nantes des centaines de jeunes crient à la vieille France son désarroi. Les médias s'emparent du sujet, bien entendu, juste du côté des voitures calcinées et des affrontements avec les forces de l'ordre. Pour les journalistes, c'est du pain béni. Les images marquent l'esprit des "vrais gens". On va faire peur encore et encore... La France des vieux va pouvoir se calfeutrer dans sa peur éternelle. Déjà en 68, les vieux étaient les ennemis de la jeunesse. Alors aujourd'hui ?
Car nous assistons depuis dimanche à un réveil d'une jeunesse qui se sent frustrée d'une élection. Depuis les émeutes de 2005, tous les acteurs politiques et associatifs n'ont eu qu'une volonté, celle de faire inscrire la jeunesse sur les listes électorales. Les phrases étaient claires, nettes, précises: vous devez voter et votre vote permettra de vous faire entendre.
Ah oui ?
En masse, la jeunesse des quartiers populaires s'est précipitée dans les mairies pour posséder ce fameux sésame qui devait leur ouvrir les bras de la République.
Mais voila ?
C'était sans compter sur la France des vieux. Cette France qui sent le rance, cette France qui a peur, cette France béate et au garde à vous devant TF1 et les autres médias, qui depuis des années leur livrent sur des plateaux dorés des informations tronquées, des nouvelles arrangées, des messages bidonnés.
Alors, cette jeunesse qui avait mis son espoir dans la victoire de Ségolène, se retrouve orpheline.
Orpheline mais aussi dégoûtée et révoltée de découvrir à la tête de la République celui qu'elle nomme le "Président de la police".
Pour cette jeunesse, cet homme là, est un homme dangereux, un homme de la discorde, un homme qui la montre du doigt et qui veut la mettre au pas, la karchériser.
Alors la révolte gronde. Alors la révolte explose.
Oui, sans conteste, Nicolas Sarkozy peut se prévaloir de sa légitimité. Démocratiquement il est arrivé à la tête de l'Etat.
Mais voilà, la jeunesse découvre que Sarkozy a été élu par les vieux, par les nantis, par les possédants.
Et les chiffres claquent comme la balle dans le corps du fusillé.
72% des plus de 65 ans se sont précipités dans les bras de Sarkozy pendant que 54% des 18-24 ans votaient pour Ségolène Royal... Les artisans, commerçants, chefs d'entreprise à 81% pour le candidat de la droite... La France rurale à plus de 56% pour lui...
Sarkozy la rupture ! Tu parles. Un slogan de prestidigitateur qui pourrait prochainement faire l'effet d'un véritable boomerang. Car en fait de rupture, Sarkozy a été élu par cette France réactionnaire, cette France revancharde, cette France qui s'est toujours soumise, cette France qui dans les années noires fut collaboratrice, pétainiste.
Face à cette France du rejet, la jeunesse d'aujourd'hui rêve d'une France fraternelle, d'une France différente, d'une France égalitaire.
Et face au coup de massue reçu dimanche soir, elle semble perdue et en proie à la révolte. Cette révolte qui, à travers notre histoire a toujours permis au pays de se redresser et de progresser.
Nicolas Sarkozy se réclame du gaullisme. Je pense qu'il a du occulter une partie de l'histoire du gaullisme. Car Charles de Gaulle, face à la compromission des français qui avaient choisi la capitulation pour se jeter dans les bras de Pétain, s'était révolté lui aussi et avait quitté la France pour mener son combat pour la liberté. De Gaulle avait une vision de la France qui ne ressemble pas à celle de Sarkozy.
Je veux croire que notre pays n'est pas celui du rejet de l'autre. Car si cela était le cas, alors oui, la jeunesse aurait la légitimité de se battre pour que la France demeure un pays libre, fraternel, égalitaire. Alors, nous n'aurions d'autre issue que de la rejoindre dans la rue.
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